Europinion.org

Le site Internet de Bernard Poignant, député européen

Logo Parti Socialiste Européen

1929

  

Comparaison n’est pas raison. Mais, depuis quelques mois, analystes et commentateurs se réfèrent à la "crise de 29". Y a-t-il des points communs avec celle que l’on vit ? Peut-on s’inspirer des réponses qui furent alors apportées ? Echapperons-nous aux drames et souffrances qu’elle a engendrés ? L’histoire ne se répète pas mais il arrive qu’elle bégaie. Il n’est pas inutile de l’approcher pour regarder notre présent.

 

Celle de 29 part encore de l’Amérique. Depuis 1926, on peut acheter des actions à crédit. Les investisseurs et boursicoteurs se précipitent. Mais trois ans plus tard, le remboursement des intérêts est supérieur aux gains boursiers. Pour payer il faut vendre des titres… comme aujourd’hui les maisons pour les fameux "subprimes". La crise part encore de l’endettement. La production automobile chute d’un tiers dans l’année 29. On s’y croirait !

 

La même année, deux hommes, deux ministres des Affaires étrangères, deux Prix Nobel 1926 font preuve d’une étonnante clairvoyance : Aristide Briand pour la France, Gustav Stresemann pour l’Allemagne. Tous deux s’adressent en septembre 1929 à l’Assemblée de la Société des Nations et préconisent la création d’une "Fédération européenne".

 

Aristide Briand : « Je pense qu’entre les peuples qui sont géographiquement groupés, comme les peuples d’Europe, il doit exister une sorte de lien fédéral ; ces peuples doivent avoir à tout instant la possibilité d’entrer en contact, de discuter leurs intérêts, de prendre des résolutions communes, d’établir entre eux un lien de solidarité, qui leur permette de faire face, au moment voulu, à des circonstances graves, si elles venaient à naître.

C’est ce lien que je voudrais m’efforcer d’établir. Evidemment, l’Association agira surtout dans le domaine économique : c’est la question la plus pressante. Je crois que l’on peut y obtenir des succès. Mais je suis sûr aussi qu’au point de vue politique, au point de vue social, le lien fédéral, sans toucher à la souveraineté d’aucune des nations qui pourraient faire partie d’une telle association, peut être bienfaisant, et je me propose, pendant la durée de cette session, de prier ceux de mes collèges qui représentent ici des nations européennes de bien vouloir envisager officieusement cette suggestion et la proposer à l’étude de leurs gouvernements, pour dégager plus tard, pendant la prochaine session de l’Assemblée peut-être, les possibilités de réalisation que je crois discerner. »

 

Gustav Stresemann : « Le traité de Versailles a créé un grand nombre d’Etats nouveaux. Je ne veux pas discuter cette question du point de vue politique, car mes vues politiques sur le traité de Versailles sont connues. Mais, en me plaçant au point de vue économique, je tiens à souligner que, si l’on a créé un grand nombre d’Etats nouveaux, on a entièrement négligé de les intégrer dans la structure économique de l’Europe. Quelle est la conséquence de ce péché d’omission ? Vous le voyez : de nouvelles frontières, de nouvelles monnaies, de nouvelles mesures, de nouveaux poids, un arrêt constant du trafic et des échanges. Il est grotesque de constater que l’on s’attache à réduire de vingt jours la durée du voyage entre l’Allemagne du Sud et Tokyo, mais que, par contre, lorsqu’on traverse l’Europe en chemin de fer, on se trouve arrêté en un endroit quelconque pendant une heure, parce qu’il y a là une nouvelle frontière et des formalités de douane à remplir.

Dans l’économie mondiale, l’Europe donne l’impression de ne savoir pratiquer que le petit commerce de détail. Pour augmenter leur prestige, les nouveaux Etats s’efforcent de créer de nouvelles industries à l’intérieur de leurs frontières. Ces industries doivent être protégées, elles doivent se chercher de nouveaux débouchés et il leur arrive souvent de ne pas pouvoir écouler leurs produits sur leur propre territoire à des prix rémunérateurs. Où sont la monnaie européenne, le timbre-poste européen qu’il nous faudrait ? »

 

Aujourd'hui seize pays ont la même monnaie. Où en serions-nous s’il y avait seize monnaies différentes ? L’euro est protecteur. Ceux, qui en 1992 n’en voulaient pas, feraient bien d’y réfléchir. Quant à un timbre-poste européen, pourquoi pas un jour ?

 

Personne ne souhaite de crise. Quand elle est là, mieux vaut la traverser avec l’Europe que sans l’Europe.

le 04/02/09

Videos

Photo Bernard Poignant
7 juillet : intervention au parlement devant Nicolas Sarkozy

Visionnez les autres vidéos de Bernard Poignant

Ecrire à Bernard Poignant

Flux rss Flux rss