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EL MANIFESTO

Le 1er décembre 2008, le Conseil du Parti des Socialistes Européens (PSE) s’est réuni à Madrid. Il a adopté le Manifeste qui sera le programme commun de tous les socialistes pour les élections européennes du 7 juin 2009. Il est le fruit d’une année de travail sous la conduite de son Président, Poul Nyrup Rasmussen, ancien Premier Ministre du Danemark.

 

Fin 2007, une consultation a été lancée pour préparer ce document. Le blog mis en place à cette fin a accueilli 300 000 visiteurs. 500 contributions militantes ont été transmises. Chaque parti membre a fourni ses propositions. Sollicités par le PSE, syndicats et associations ont également répondu, enrichissant ainsi le document. Dans son dernier examen, le Conseil a analysé 383 amendements avant l’adoption finale.

 

Le PSE a donc été la cheville ouvrière de ce travail. Celui-ci constituera la clef de voûte de la campagne prochaine, puis la trame qui servira à fixer les positions du groupe socialiste au Parlement européen pendant la mandature de cinq ans. Le PSE a vu le jour en 1984. Il emploie aujourd’hui 19 permanents à Bruxelles. Il est possible d’en devenir un adhérent direct, dès lors que l’on est déjà adhérent d’un parti membre. Il y en a actuellement 12000 dont 4000 Français, ce qui fait de l’hexagone le pays le plus représenté.

 

Ce n’est pas facile d’aboutir à un document accepté par tous. Les situations ne sont pas identiques : certains partis sont totalement dans l’opposition à leur gouvernement national, comme le PS français ; d’autres ont un des leurs à la tête de leur pays, comme José Zapatero en Espagne, José Socrates au Portugal ou Gordon Brown au Royaume-Uni ; certains appartiennent à des coalitions, comme le SPD en Allemagne. De plus les traditions et les cultures ne sont pas les mêmes, pas plus que les intérêts. Les Français ou les Grecs sont attachés à la politique agricole commune, les Anglais moins et aimeraient qu’elle soit moins coûteuse. Tous nos pays ne sont pas dans la zone euro. Toutes les opinions publiques n’ont pas la même approche de l’élargissement, des rapports avec les Etats-Unis et la Russie. L’histoire et la géographie reprennent vite le dessus. Il faut donc arriver à mettre tout le monde d’accord. Même la traduction peut poser problème, car elle-même contient des marges d’interprétation.

 

Pourtant ce fut fait. Beaucoup grâce aux contributions militantes qui ont révélé de nombreux points communs. Ainsi du salaire minimum européen, désormais inscrit à notre programme. Il ne s’agit pas de transposer le smic français à l’Europe entière. Ce serait retomber dans nos travers habituels. Si la majorité nous est favorable, nous pourrons exiger de la Commission qu’elle propose une directive en ce sens. Il faudra discuter des critères qui fixeront le montant, car celui-ci ne peut pas être le même partout. La base de son augmentation devra être fixée. Ce salaire minimum doit-il être général ou établi par branche ? Sur quelle base horaire le calculer car c’est lui qui décide du seuil de déclenchement des heures supplémentaires ? Ce seul exemple montre déjà la complexité d’un sujet dès lors qu’il touche 27 pays et près de 500 millions d’habitants. Il en va de même des services publics pour lesquels le PSE souhaite une directive-cadre, garantissant un accès universel et égal aux citoyens, comme la qualité, l’autonomie locale et la transparence.

 

Un tel manifeste sera décliné pays par pays, parti par parti, l’un insistant sur un point, l’autre sur tel sujet qui concerne davantage ses citoyens. Il ne s’agit pas non plus de croire que le document est parfait, complet et intouchable. Pour un socialiste français, il présente même des insuffisances. A nous d’être convaincant auprès de nos camarades européens pour les combler. C’est le cas de l’harmonisation fiscale à l’intérieur de l’Union. Les freins sont importants, d’abord parce que la décision doit être prise à l’unanimité. Peu de pays acceptent d’être mis en minorité sur la question de l’impôt ! C’est vrai aussi du budget européen. Le Manifeste se place à budget constant. Si on veut de grandes politiques européennes, il faudra bien l’augmenter, comme il serait utile à l’Union européenne de pouvoir recourir à l’emprunt, ce qui lui est aujourd’hui interdit par les traités.

 

La crise financière a évidemment pesé sur la rédaction du texte. C’est pour cela que les premiers chapitres portent le titre suivant : "Réformer les marchés financiers au service de l’économie réelle, de l’emploi et de la croissance". Ces dernières années, les socialistes prêchaient dans le désert. Quand ils parlaient régulation, on leur répondait incompétence ; quand ils citaient l’Etat, l’écho disait archaïsme ; quand ils osaient le mot réglementation, on leur rétorquait économie administrée. La crise doit nous permettre de redresser la tête, d’être entendus et d’appeler les citoyens à nous rejoindre. Ce sera un des enjeux de l’année 2009.

 

Les socialistes français auront cette même année l’occasion de se rappeler leur 42ème congrès qui s’est tenu à la Mutualité à Paris du 15 au 18 juillet 1949, quelques mois après la création du Conseil de l’Europe. Ils ont adopté un "Manifeste pour l’Europe". Celui-ci demande de s’attaquer aux problèmes urgents et les cite : "une politique économique européenne, les mesures tendant à l’unification des conditions de travail et de la sécurité sociale, une politique européenne de travaux publics, la création d’une Université européenne…". Il ne faut pas croire que tout ce qui est vieux est périmé !

le 01/31/09

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