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Strasbourg


Il ne se passe pas une session du Parlement européen sans qu’un député ne conteste son siège dans la capitale de l’Alsace. Un jour ce sont les ascenseurs qui ne marchent pas et c’est le bâtiment tout entier qui est mis en cause. Le lendemain ce sont les grèves qui perturbent les voyages comme s’il n’y avait d’arrêts de travail que dans cette ville et comme si le droit de grève n’était pas inscrit dans la charte des droits fondamentaux de l’Union. Un autre jour ce sont les coûts des déplacements de Bruxelles à Strasbourg et retour, en oubliant que dans la foulée on pourrait déménager dans la capitale belge tous les services de Luxembourg. Tant qu’à économiser, autant aller jusqu’au bout ! Pourquoi ne pas
alors rapatrier toutes les agences au même lieu, à l’image des ministères d’un Etat ? Aujourd’hui il faudrait changer les traités pour supprimer le siège de Strasbourg. Cela devrait se faire à l’unanimité des 27 pays, donc avec l’accord obligé de la France. Le vote irlandais sur le Traité de Lisbonne a montré qu’il suffit d’un pays pour gripper la machine. Ce même Traité comprend un protocole n°6 fixant les sièges de toutes les institutions. Il dit ceci : « Le Parlement européen a son siège à Strasbourg, où se tiennent les douze périodes de sessions plénières mensuelles, y compris la session budgétaire. Les périodes de sessions plénières additionnelles se tiennent à Bruxelles. Les commissions du Parlement européen siègent à Bruxelles. Le secrétariat général du Parlement européen et ses services restent installés à Luxembourg ». Il y a une logique à tout cela : l’Union européenne n’est ni un Etat, ni une nation. Elle unit des peuples, elle n’est pas un peuple.

Il n’est pas étonnant que ses institutions soient réparties. Ceux qui jugent l’Europe bureaucratique devraient adhérer à cet esprit. Mais pourquoi Strasbourg ? Lors de la mise en place en 1952 de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, il a fallu débattre des sièges des différentes instances. Fin juillet de cette année là, une réunion se tient à Paris. Il est décidé de sièges provisoires : Haute Autorité à Bruxelles, Cour de Justice à Luxembourg, Assemblée à Strasbourg. Le ministre belge n’est pas favorable à Bruxelles : il craint qu’en acceptant un siège provisoire, il perdra le définitif ! Les Britanniques en sous-main (ils ne sont pas partie prenante de la CECA) encouragent Strasbourg : le Royaume-Uni aimerait réunir l’administration de la CECA à celle du Conseil de l’Europe…dont il est membre.

La France plaidait pour Sarrebrück car ce territoire n’est pas encore allemand. Il le deviendra en 1955 après référendum. Chacun peut mesurer aujourd’hui le paradoxe des positions de l’époque : les Belges sont satisfaits pour Bruxelles, les Français pour Strasbourg et les Anglais voudraient abandonner celle-là. Il y a évidemment le symbole dans le choix de la ville alsacienne. Française avant 1870 et depuis Louis XIV, allemande jusqu’en 1918, française à nouveau du traité de Versailles à 1940, encore allemande, à nouveau territoire de notre République, qui peut mieux incarner l’esprit de
réconciliation qui sous-tend la construction européenne ? Pendant des siècles cette région a été disputée entre la Francie et la Germanie. Louis Le Pieux, petit-fils de Charlemagne, avait trois fils : il a donc partagé son empire en trois morceaux au Traité de Verdun de 843. Le morceau du milieu était la Lotharingie, limitée par la suite à notre Lorraine. S’il n’avait eu que deux fils, l’histoire de l’Europe aurait peut être connu un cours différent. Mais on ne la refait pas.

C’est vrai que tout cela s’éloigne. Soixante trois ans de paix depuis 1945 entre France et Allemagne c’est du jamais vu. Et il faut que ce soit du jamais revu ! L’Europe a tenu les promesses de ses fondateurs : elle est pacifique après tant de drames. Elle est libérale pour avoir échappé au totalitarisme. Elle est démocratique pour refuser toute logique impériale et dominatrice. Qui mieux qu’un Irlandais pour comprendre Strasbourg, lui qui a connu l’occupation, la guerre d’indépendance et toujours une partition douloureuse ? En novembre 1998, à l’occasion de son prix Nobel de la paix, John Hume a déclaré devant le Parlement européen : « C’est sur le pont du Rhin qu’une pensée a jailli : si la paix a été possible ici, elle sera possible partout ». Entendant cela, comment ne pas penser au pont de Mostar, en Bosnie, détruit puis reconstruit ? Cette fois cette souffrance et ce souvenir sont proches.
 Ainsi parlait Claudio Magris, citoyen de Trieste : « Le pont tremble. Les tourments humains le font frémir. C’est la preuve, voyageur, que tu te trouves au coeur même de l’Europe »

le 09/21/08

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